1888, le Conseil municipal de Vendémian défend la viticulture

Le 3 novembre 1881, la France et l’Italie avait signé un traité de commerce. Le 15 décembre 1886, l’Italie informa la France qu’elle voulait y mettre fin au 1er janvier 1888.

Les deux pays ouvrirent des négociations en vue de la signature d’un nouveau traité de commerce. Durant les discussions, il fut convenu que les termes de l’accord de 1881 continueraient à s’appliquer.

Des rencontres bilatérales eurent lieu du 31 décembre 1887 au 2 février 1888. Elles n’aboutirent pas. Le 27 février 1888, le Parlement français vota des surtaxes à l’entrée des produits italiens. En réponse, le 29, le gouvernement italien fit de même pour les produits français entrant sur son sol. Ces deux nouveaux tarifs entrèrent en vigueur le 1er mars 1888. Ils eurent pour effet de diminuer drastiquement les échanges commerciaux entre les deux pays. Ils restèrent en vigueur, sans changement, jusqu’en janvier 1890.

A Vendémian, le 21 janvier 1888, le Conseil municipal fut convoqué en urgence pour le même jour à 19 h en vue d’émettre un vœu sur les traités de commerce. Cette motion fit l’objet d’une publication dans les quotidiens « Le petit méridional » du 24 janvier et dans « Le journal de Cette, journal du commerce du sud-ouest » du mercredi 25 janvier. Dans cette dernière publication, la reproduction de la motion était accompagnée du texte suivant : « Le Conseil municipal de Vendémian a émis le vœu suivant, que nous reproduisons pour cet unique motif qu’il nous paraît résumer tous les desiderata des viticulteurs de l’Hérault et, aussi très probablement, des viticulteurs du Midi« .

L’an mil huit cent quatre vingt-huit et le vingt-un janvier, le Conseil municipal s’est réuni sous la présidence de M. le Maire.

Etaient présents : MM. Faucilhon, Vidal, Alary, Fonzes, Mézières, Nougaret, Daumas.

Le Conseil préoccupé de la mauvaise situation économique qui est faite à la viticulture et au commerce des vins en France, de l’influence qu’exerceront sur cette partie agricole et commerciale le traité à conclure avec l’Italie et la loi en préparation sur le régime des boissons.

Convaincu par une coûteuse expérience des effets désastreux produits par les traités de commerce avec l’Italie et l’Espagne.

Que si l’on ne porte tout de suite un remède à cet état de choses, ce sera fatalement à bref délai, la ruine de la viticulture française, celle-ci ne pouvant plus produire de vin au même prix de revient qu’autrefois, ce qui entraînera forcément la perte de beaucoup d’autres industries.

Que les négociants étrangers font en France même aux maisons françaises une concurrence que ces dernières ne peuvent soutenir pas plus que les viticulteurs.

Considérant qu’après les sacrifices de toute nature que s’imposent les viticulteurs pour reconstruire leurs vignobles, il est juste et il n’est que temps que les pouvoirs publics prennent fermement la défense de si grands intérêts qui ont un caractère éminemment national.

Que la dépopulation des campagnes a pris des proportions alarmantes.

Que les producteurs et négociants étrangers jouissent chez eux de facilités interdites en France.

Qu’ils profitent chez nous de tous les avantages que leur procure la France sans en supporter les charges.

Emet le vœu :

1°) que les droits d’entrée sur les vins étrangers soient d’au moins six francs par hectolitre.

2°) qu’on ne permette l’entrée et la circulation en France que des vins absolument naturels et ne dépassant pas douze degrés alcooliques, quelle que soit leur provenance.

3°) qu’au-dessus de ce titre, ils soient taxés comme alcool.

4°) que la taxation au degré, si elle est pratique, soit appliquée aux droits de circulation et aux droits d’octroi.

5°) que si la loi en préparation sur le régime des boissons accorde la la faculté du vinage à prix réduit, cette opération ne puisse se faire qu’à la propriété, une seule fois, dans les trois mois qui suivront la vendange et sans jamais pouvoir augmenter de plus de trois degrés le titre alcoolique d’un vin. On supprimerait ainsi la funeste pratique des dédoublages successifs, si préjudiciables à la viticulture, au commerce des vins, au Trésor et à la santé publique.

6°) que les tarifs dits de de pénétration soient supprimés : cette iniquité inconcevable constituant au profit des produits étrangers une prime anti patriotique supérieure en bien des cas aux droits qu’ils paient à leur entrée en France.

7°) que le privilège des bouilleurs de crus soit supprimé.

8°) que les raisins frais ou secs paient un droit d’entrée en France proportionnel à la quantité de vin qu’ils peuvent produire.

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